Ami ou Ennemi, Comment échapper au séparatisme ?

Quand un conflit apparait, instinctivement une partie de nous va vouloir se positionner. Qu’on le veuille ou non, notre conditionnement nous amène à nous ranger en « ami » ou « ennemi » de la cause en question. Vouloir « rester neutre » c’est justement ne pas vouloir faire pencher la balance d’un coté ou de l’autre et tâcher de rester au dessus de la mêlée.

Pas toujours possible…pas toujours souhaitable non plus, au risque de léser ou fâcher les uns et les autres.

Mais alors comment faire quand on ne veut pas être saucissonné ou crucifié sur l’autel du choix?

J’ai trouvé dans mes lectures (Srimad Bhagavatam 7.5.12),une réponse très pertinente à ce sujet:

Nous sommes aux temps védiques. Il y a 5000 ans…et n’en déplaise à certains, l’humanité n’était pas toute vêtue de peau de bêtes, réfugiée dans une caverne à frotter des cailloux pour se chauffer. Non, non, du tout. Si on se réfère aux livres  sanskrits ainsi qu’à certaines évidences archéologiques, il y avait là une civilisation très raffinée et évoluée: la civilisation védique.

Il y a un livre en particulier qui fait partie de ce qu’on appelle les « Puranas » (prononcer pourana) qui relate en 12 chants les récits des sages à plusieurs époques. Récit historique donc, pour peu qu’on accepte de mettre de coté une partie de son rationalisme arbitraire hérité du siècle des lumières où le « je pense donc je suis » est devenu la règle…

Bref, dans le 7eme chant du Srimad Bhagavatam donc, on trouve l’histoire d’un jeune prince, Prahlada, fils du roi Hiranyakasipu, qui du haut de ses cinq ans, va décréter à son père des choses que celui ci aura beaucoup de mal à entendre et à accepter.

Comme quoi, être « complotiste » ou « lanceurs d’alerte », n’est pas vraiment un truc nouveau. Ça fait belle lurette que des empêcheurs de tourner en rond essayent de dire des choses qui fâchent très très fort ceux qui en retour essayent à tous prix de les faire taire parce qu’ils disent des choses très très vrai!

Ainsi va le monde, ici sur terre…Alors, dans notre cas, de quoi s’agit il?

Imaginez la scène: Un roi, tout puissant, régnant sur la totalité des gens et des univers (oui à l’époque, on n’était pas encore rétréci au point de croire que nous somme seuls au monde. On acceptait qu’il y avait d’autres dimensions avec d’autres peuples qui habitaient ces espaces, mais bon, ça c’était avant…). Par contre ce roi en voulait fort à Visnu (Dieu Le créateur qui maintient tous les univers, oui à cette époque on savait qu’Il existait) parce qu’Il avait tué son frère et ne voulait rien savoir de Lui. Son seul but étant de pouvoir un jour se venger et Le tuer pour être le seul tout puissant dans les trois mondes (comprendre l’étage infernal, l’étage terrestre et l’étage édénique).

Pas très original le garçon, en gros un ego surdimensionné qui se prend pour Dieu et dont la seule tâche est d’exterminer tout ce qui entrave son chemin ou sa vue (basse de l’esprit). En jargon spirituelle, on appellerait ça un matérialiste démoniaque.

Selon la vision védique on appelle « asura » (prononcer asoura) un matérialiste démoniaque: c’est à dire quelqu’un qui nie l’existence de Dieu et dont le but est d’exploiter Sa création pour son propre profit. (oups! ça fait beaucoup de monde aujourd’hui alors?)

Aux « asuras »,  s’opposent les « suras » ou « devas ». On dirait aujourd’hui « dévots »: Ce sont ceux qui acceptent et glorifient l’existence d’une autorité Divine Suprême, qui s’en remettent à Lui dans un esprit de service et d’humilité. (ouh la la, des électrons libres! espèce rare en danger et en voie de disparition…)

Lors d’une conférence sur la Bhagavad Gita à New York, le 11 mars 1966, Srila Prabhupada (mon inspiration spirituelle depuis plus de trente ans) disait:

« Deva signifie les êtres humains qui sont connectés avec le Seigneur Suprême. Leur vie est destinée à la réalisation de la Vérité Suprême. On les appelle deva. Tout comme sur les planètes supérieures, il y a aussi des êtres vivants. On les appelle devatās, demi-dieux, parce que l’ampleur de leur plaisir est très, très supérieure à la nôtre. Mais parce qu’ils font tout en relation avec le Seigneur Suprême, ils sont donc appelés devatās, devatā. Devatā signifie demi-dieux. Et asura. Asura signifie tout le contraire. Ils profitent simplement de la vie pour le plaisir des sens. C’est tout. Donc, ceux qui sont intéressés par le plaisir des sens, ils sont appelés asuras, et ceux qui sont intéressés par le plaisir spirituel sans fin, ils sont appelés devatās. Devatā et asura ne signifie pas que les asuras sont très laids et que les devatās sont très beaux. Même l’homme laid peut devenir un devatā, ou même un homme beau peut devenir un asura. Cela est dû à sa mentalité. Car, après tout, l’âme est pure. Quand il est dans une condition de vie contre nature, qu’il veut jouir simplement des sens matériels, il devient asura. Ainsi, l’asura peut être transformé en devatā. Il n’y a aucune entrave. »

Deux mentalités et visions donc, deux programmes de vie opposés.

Mais revenons à notre histoire:

Un jour, questionné par son père, qui lui demandait quelle était la meilleure chose qu’il avait apprise de ses maîtres, le jeune Prahlada, du haut de ses cinq ans répondit qu’un homme engoncé dans la conscience matérielle de la dualité, pensant :  » Ceci est à moi, et cela appartient à mon ennemi « , devrait abandonner sa vie de maître de maison et aller dans la forêt pour adorer le Seigneur Suprême.

Lorsque Hiranyakasipu entendit son fils parler ainsi, il pensa qu’il avait été pollué par un ami à l’école. Il ordonna donc aux professeurs de veiller à ce qu’il ne devienne pas un dévot de Visnu. Cependant, lorsque ses professeurs demandèrent à Prahlāda pourquoi il allait à l’encontre de leurs enseignements, Prahlāda leur répondit que la mentalité de propriété est vaine et qu’il essayait donc de devenir un dévot du Seigneur Visnu. Très fâchés par cette réponse, Ils punirent et menacèrent le garçon de nombreuses conditions effrayantes. Ils l’instruisirent au mieux de leurs capacités, puis l’amenèrent à nouveau devant son père.

Par respect pour celui-ci, Prahlada s’inclina à ses pieds. Devant tant d’humilité  et pris de tendresse, Hiranyakasipu prit son fils sur ses genoux et lui posa à nouveau la question: « Mon cher fils, quelle est la meilleure chose que tu aies apprises de tes maitres? ».(Donc ici la technique a été: le bâton, l’intox et retour à la case départ: on repose la même question! ça vous rappelle rien?)

A cela, Prahlada répondit sans détour:

« Entendre et chanter le saint nom transcendantal, la forme, les qualités, les attributs et les divertissements du Seigneur Viṣṇu, s’en souvenir, servir les pieds-pareils-au-lotus du Seigneur, offrir au Seigneur une adoration respectueuse avec seize sortes d’ustensiles, offrir des prières au Seigneur, devenir Son serviteur, considérer le Seigneur comme son meilleur ami, et tout Lui abandonner (en d’autres termes, Le servir avec le corps, l’esprit et les mots) – ces neuf procédés sont acceptés comme étant le pur service de dévotion. Celui qui a consacré sa vie au service de Visnu par ces neuf méthodes doit être considéré comme la personne la plus savante, car il a acquis une connaissance complète. »

Effectivement, ça fait beaucoup pour quelqu’un qui avait une grosse dent contre Visnu… Là, c’est plus une épine qu’il avait dans le pied, mais un pieu! Etre un roi démoniaque ne jurant que par la politique et le plaisir des sens et avoir son propre fils dévot de Visnu. C’est insupportable! Alors on imagine la suite… Rage, acharnement et persécution ont signé le délirium qui atteint toujours ces egos quand ils sont très très frustrés.

Mais, comme pour tout, qui s’y frotte s’y pique…vous pouvez lire ici l’histoire en entier et découvrir de quelle manière elle se termine ! (clic droit pour avoir la traduction en français)

Une des conclusions que m’inspire cette histoire et qui fait mon point du jour c’est qu’on a deux personnes dont la politique de l’un n’était pas du tout celle de l’autre: L’un bâtissait son empire sur des techniques économiques et politiciennes qui exigent par principe une catégorisation amis/ennemis et l’autre, à l’opposé, n’ayant aucune envie de cela,  proposait une solution alternative qu’il ressentait naturellement en lui et qu’il osait exprimer.

Alors de quoi s’agit il?

Prahlada dit notamment au cours de sa conversation avec son père ceci:

« Lorsque Dieu la Personne Suprême est satisfait de l’entité vivante en raison de son service de dévotion, on devient un « Pandita » et on ne fait pas de distinctions entre les ennemis, les amis et soi-même. Intelligemment, on pense alors : « Chacun de nous est un serviteur éternel de Dieu, et nous ne sommes donc pas différents les uns des autres. »

Et Srila Prabhupada dans la teneur et Portée de ce verset, d’expliquer un par un la pertinence de ces points:

 

  • En réalité, nous sommes tous des serviteurs éternels de Krishna (Visnu), mais sous l’influence de l’énergie extérieure, nous pensons que nous nous situons séparément de Dieu la Personne Suprême, en tant qu’amis et ennemis les uns des autres. (…) Contrairement aux êtres humains ordinaires, je ne pense plus que je suis Dieu et que les autres sont mes amis et mes ennemis. Maintenant, je pense à juste titre que chacun est un serviteur éternel de Dieu et que notre devoir est de servir le maître suprême, car alors nous nous tiendrons sur la plate-forme de l’unicité en tant que serviteurs. »
  • Un dévot devrait voir la Personnalité Suprême de la Divinité comme étant située dans le cœur de chacun et devrait également voir chaque entité vivante comme un serviteur éternel du Seigneur. Cette vision est appelée ekatvam, l’unicité. (…) En tant que serviteurs du Seigneur, nous sommes un, et il ne peut être question d’inimitié ou d’amitié. Si l’on comprend réellement que chacun d’entre nous est un serviteur du Seigneur, où est la question d’être ami ou ennemi ?
  • « A ceux qui sont constamment dévoués et qui Me vénèrent avec amour, Je donne la compréhension par laquelle ils peuvent venir à Moi ». (Bhagavad -Gita 10.10). Chacun est en fait un serviteur, et non un ennemi ou un ami, et chacun travaille sous différentes directions du Seigneur, qui dirige chaque entité vivante en fonction de sa mentalité.

« Chacun de nous est un serviteur éternel de Dieu, et nous ne sommes donc pas différents les uns des autres. »

Nous sommes tous égaux devant Dieu. Dieu est dans le cœur de tous les êtres. Notre devoir est de Le servir.

C’est ça l’unité…

Déjà parler de Dieu suscite des réticences. C’est souvent comme si on disait un gros mot. Alors Aimer Dieu… Le servir avec dévotion…c’est prendre le risque d’être instantanément poussé dans une catégorie selon que la mentalité de notre interlocuteur  est en mode acceptation/rejet. Il me semble pourtant, qu’aujourd’hui encore, comme hier il y a 5000 ans, cette fameuse solution alternative, cette proposition qui nous sort de l’engrenage du séparatisme est la bonne voie qui peut nous permettre de changer notre unité de conscience. D’upgrader notre civilisation en mode Unitaire et la seule chose qui va nous permettre de dépasser nos antagonismes et de voir l’autre, même avec ses différences, comme ayant sa place dans l’univers et dans le rôle qu’il y joue, puisqu’il est identique  intrinsèquement à moi, c’est à dire fait du même bois. Seul l’emballage diffère.

Pour digérer ça, on aura besoin de reconnaitre et d’accepter sans haine ni envie que Dieu existe, qu’ Il est le seul Dominant Ultime. En langage bancaire il serait un AAA+ c’est à dire Autorité Absolue Suprême.

Au pays du « ni Dieu ni Maître » ou du fameux « Dieu est mort », ou du « mon Dieu est le meilleur » ou « mon Dieu est mieux que le tien », on comprend que depuis des siècles et des siècles, nous humains, piétinons à rebours parfois et peinons à émerger dans une alternative sociétale réellement pacifique, quel que soit le nombre de nations unies que l’on produise, à chaque fois, nous nous heurtons à cet écueil: notre incapacité à accepter l’Éminence de Dieu avec pour conséquence la conscience sectaire Ami/Ennemi qui en découle.

Au pays des dualités, le vengeur est roi… Pourtant, l’histoire de Prahlada nous montre une autre alternative. Ardue mais possible. Simple, mais pas facile. Pour cela, il nous faut nous accorder à l’unisson malgré nos différences de pupitres, pour jouer en harmonie ensemble car dans cet orchestre universel, le chef est à l’intérieur, au cœur de chacune de nos cellules. Seule Sa baguette rythme notre tempo au fil du temps.

Pour l’instant l’humanité joue en solo, déconnecté les uns des autres. Résultat: une cacophonie sans nom. Un chaos apocalyptique.

Nous sommes tous, chacun de nous responsable de notre orchestre corporel, mental, émotionnel, afin de patiemment œuvrer à retrouver le chemin du cœur, pour entendre à nouveau la voie/voix de Dieu qui nous parle et qui nous guide.

Claire M.

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